L'architecture du château 

Afin de mieux comprendre l'importance du château de Gaillon en matière d'architecture, je vous propose de découvrir les grandes étapes de sa construction au travers d'une gravure du célèbre architecte Androuet Du Cerceau. Cette gravure sera notre fil conducteur. 

Jacques 1er ANDROUET DU CERCEAU 

Né à Paris, vers 1515 et mort à  Annecy en 1585, il est un des grands architectes français de la seconde moitié du XVI ème siècle, surtout célèbre pour ses gravures d'architecture et ses publications. Ces gravures sont rassemblées au cœur d'un ouvrage intitulé "Les plus excellents bâtiments de France". Cet ouvrage constitue un recueil des plus beaux châteaux du XVI ème siècle parmi lesquels Blois, Gaillon, Amboise, Bury ... 

A l'heure de la photographie, cet ouvrage peut nous paraître dénué d'intérêt, il est pourtant l'ultime témoignage de la splendeur que fut de nombreux châteaux détruits ou partiellement détruits. 

 

1454 : Naissance de l'Ostel Neuf 

Nous sommes en 1454, Guillaume d'Estouteville devient archevêque de Rouen et succède à Rodolphe Roussel. Il va s'intéresser à Gaillon et va modifier son architecture. La forteresse médiévale allait devenir une belle demeure princière. L'architecture dominante demeure l'architecture gothique. 

1502-1509 : Les fondements de la Renaissance Française.

Archevêque de Rouen depuis 1498, date du sacre de Louis XII pour lequel il fut un de ses principaux conseillers, Georges d'Amboise va considérablement bouleverser l'architecture du château pour en faire la première merveille architecturale de la Renaissance Française. 

Les formes antiques qui caractérisent la Renaissance italienne s'introduisent en France au travers du château de Gaillon de 3 façons différentes : 

- Acquisition d'objets en Italie ou la commande à un italien établi en France

Ex : La Fontaine qui ornait la Cour d'honneur offerte par la République de Venise.

Intégration dans les façades des bâtiments d'éléments importés d'Italie

Ex : Les 42 médaillons qui entouraient la façade de la Cour d'honneur du château.

- Sculpture dans la pierre d'ornements "à l'antique" au milieu d'un décor flamboyant

Ex : Les pilastres entourant les fenêtres du pavillon d'entrée.  

    La construction du château va s'effectuer en 2 étapes : 

1502-1506 : intervention de constructeurs venus du Val de Loire dont Guillaume Senault et Colin Biart (Architecte du roi Louis XII, ayant travaillé pour les Châteaux Royaux de Blois et Amboise).

Construction de la Grand Maison et de la Galerie sur le Val

La Grand Maison constituait les appartements de Georges d'Amboise, ce fut la première construction du château du cardinal. 

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Il est aisé de remarquer la ressemblance entre les constructions du château Royal d'Amboise (1) et celle du château de Gaillon (2). Celui d'Amboise ayant moins subi les outrages de la Révolution. La rangée de lucarnes présentes à Amboise étaient présentes à Gaillon au dessus de la galerie au nombre de 6 tout comme Amboise. 

Du coté du fossé, se trouvait la Galerie sur le val, cette galerie domine  la vallée de la Seine et se prolonge de la chapelle (coté gauche) jusqu'à la Tour de la sirène (coté droit). La galerie du château de Gaillon est comparée à celle des châteaux de Blois et de Talcy.

Galerie du château de Blois

Tour de la sirène 

La Tour de la sirène, seule tour résultante du château fort,  fut dotée de décors de style gothique autour de ses fenêtres en 1502. Elle était surplombée d'une sirène en plomb doré d'où son nom. La chambre du Cardinal était située dans cette tour. 

Pilastres de la Tour de la sirène à décoration gothique miraculeusement conservés 

Les Chapelles

La chapelle St Georges du château était divisée en 2 chapelles, l'une haute, et l'autre basse plus petite. Elle a été construite sur les fondements de la chapelle de la forteresse médiévale en 1504 par Pierre FAIN. Terminée en 1510, le cardinal Georges d'Amboise attribua à la chapelle de son château le statut de collégiale. Richement décorée et sculptée tant de l'intérieur que de l'extérieur, cette chapelle pourtant petite par sa taille ne laissait personne indifférent.

La chapelle haute dont l'accès était réservé aux archevêques renfermait de multiples trésors : des sculptures, peintures et  boiseries. La chapelle basse beaucoup moins décorée pouvait accueillir les visiteurs et les domestiques.

Les 18 fenêtres de la chapelle haute ornaient des vitraux exceptionnels pouvant même rivaliser avec les plus belles verrières de la cathédrale de Rouen (Le château de Gaillon, E CHIROL). 

Une magnifique fresque représentant St Georges terrassant le dragon surplombait l'autel de la chapelle haute. 

Le cardinal fera également appel à Antoine Juste de Tour pour réaliser 12 représentations en terre cuite des apôtres et du christ.

Gravure de la chapelle du château d'Israël Sylvestre

Aujourd'hui ne subsiste que la chapelle basse, mais lorsque l'on observe les gravures de l'époque, on imagine toute la  splendeur de la chapelle haute.

La Galerie des cerfs / Grand Vis / Porte de Gènes

La Galerie des cerfs reliait la tourelle d'Estouteville à la Grand Vis. La grand Vis était un grand escalier magnifique qui desservait les 3 étages de la Grand Maison. Cette Grand Vis n'a pu être préservée mais les écrits l'a compare à celle du Château de Meillant (château de Charles 1er d'Amboise, neveu du Cardinal). Cette similitude s'explique par l'architecte italien FRA GIOCONDO qui participa à la construction des 2 châteaux. Le comparatif avec la Scalla Minelli de Venise est aussi saisissant.

Grand Vis du Château de Meillant

Dessin de la Grand-vis du château de Gaillon 

Cour d'honneur : fontaine, galerie et la grand-vis

Scalla Minelli de Venise

 La galerie était ornée de décors d'Hermines rappelant la venue au château d'Anne de Bretagne mariée à Louis XII Roi de France. Au premier niveau de la galerie étaient représentés des têtes de cerfs. Surmontée d'une seconde galerie, la galerie était jointe à la Porte de Gènes par un toit d'ardoise avec lucarnes.

  

Anne de Bretagne et l'Hermine 

La porte de Gênes (formidable Arc de triomphe) dominait la cour et permettait l'accès de l'avant-cour du pavillon d'entrée à la Galerie des cerfs. 

La Porte de Gênes était très richement décorée à l'italienne, ces décors rappellent les pilastres encadrant les fenêtres du pavillon d'entrée créant une uniformité parfaite des décors. Les pilastres sont garnis de feuillages stylisés, et le cardinal avait fait représenter sur cette porte des scènes de guerre de la bataille de Gênes d'où son nom. 

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1. Représentation de dauphins / 2. feuillages stylisés / 3. visage grotesque / 4. fleurs stylisées en dessous de l'arc

Certains historiens avancent que le cardinal se serait fortement inspiré des portes Royales d'Urbin et de Naples.

Porte de Naples

    De part la richesse des décors dont est dotée la Porte de Gènes et son influence italienne, cet édifice est un trait d'union vers un réel changement architectural. Peu à peu, le Cardinal Georges d'Amboise fait disparaître les éléments médiévaux pour imposer un nouveau style, celui de l'Italie Renaissante.

1506-1509 : Prémices de la Renaissance Française : le château de Gaillon deviendra le 1er château italianisant en France.

    Pendant cette période, sous la direction du Cardinal de nombreux artistes italiens (Pacello Da MERCOGLIANO, Jérome PACHEROT, Antoine JUSTE et Fra GIOCONDO) et rouennais (Pierre FAIN et Pierre DELORME et Pierre VALENCE)  peintres et  sculpteurs vont se succéder au château de Gaillon pour en faire une merveille architecturale sans précédents, le 1er joyau de la Renaissance française allait voir le jour.

Les exemples les plus concrets qui témoignent de la rupture avec l'art de l'époque sont les suivants : 

Le châtelet (Pavillon d'entrée)

    Le pavillon d'entrée fut construit sur les vestiges du château féodal par l'architecte Pierre FAIN en 1509. Les façades du châtelet sont à elles seules de réels trésors en matière d'architecture de la Renaissance. En effet, tous les autres châteaux Renaissance construits après le château de Gaillon présenteront les mêmes caractéristiques.

Avant les édifices civils étaient très austères et la décoration très réduite, le Pavillon d'entrée du château de Gaillon offre le 1er exemple d'un "quadrillage" français à l'antique. On note une symétrie tant horizontale que verticale (voir plan de la façade du pavillon ci-dessous).

   

Plan du pavillon d'entrée du château 

Les lucarnes du Pavillon sont toutes incrustées de pilastres de pierre à décor d'arabesques à chapiteaux sculptés.  

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Les pilastres superposés , ils comportent chacun une base, un fût et un chapiteau. Ils remplacent les pilastres continus flamboyants. 

Élément de décoration d'un des pilastres de la porte du Pavillon d'entrée (1)

L'entrée du châtelet est représentée par un arc de triomphe richement décoré de 2 colonnes cannelées surmontées de chapiteaux sculptés.

Avec l'architecture flamboyante, le décor se concentre exclusivement sur les ébrasements (sculptures en relief). Avec la Renaissance, les ébrasements sont remplacés par des profils antiques en quart de cercle comme c'est le cas à Gaillon.  

      

   

Les lucarnes du château sont toutes couronnées par un fronton semi-circulaire meublé d'une coquille, encadré et surmonté d'acrotère,  caractéristique de la Renaissance italienne. 

La discrétion du flamboyant laisse place avec la Renaissance à une profusion ornementale impressionnante. L'exemple de Gaillon est tout à fait exceptionnel dans ce domaine, on peut presque parler en observant le pavillon d'entrée d'une saturation ornementale calquée sur l'exemple de la Chartreuse de Pavie (Lombardie). 

Cet ornementation spectaculaire du Pavillon d'entrée de Gaillon nous montre l'ensemble du répertoire ornemental de la Renaissance italienne : Candélabres / grands rinceaux, feuilles d'acanthe, dauphins, oiseaux ... 

Après 1515 - 1516, la sobriété en matière d'ornementation sera de rigueur à l'exemple des constructions de Chambord et Azay le Rideau : les pilastres et ébrasements sont nus de décors.

 

Il est à saluer le caractère exceptionnel et la finesse de la  décoration extérieure de ce pavillon avec lequel le cardinal souligne le mieux son attachement pour l'Italie.

                                                                                                                        

La Cour d'honneur 

    C'est Pierre DELORME qui à partir de 1506 va transformer la cour carré, il va la recouvrir de marbre blanc. Les ailes Est et Ouest étaient richement décorées avec une galerie à clefs pendantes, les fenêtres étaient entourées de médaillons (42 au total) représentant des empereurs romains ainsi que de pilastres décorés d'arabesques et de candélabres.

Gravure représentant la splendeur de la Cour d'Honneur avec la Fontaine en son centre 

Au centre de cette cour, on pouvait admirer une fontaine magnifique en marbre blanc. Cette fontaine fut offerte par la République de Venise au Cardinal en hommage d'avoir chasser les Sforza du Milanais. Construite en 1508, elle fut envoyée de Gênes à Honfleur pour ensuite être placée à Gaillon. Parmi ces panneaux, l'un d'entre eux représentait l'emblème de Louis XII, le porc-épic et également un autre représentait St Georges terrassant le dragon.

Cette fontaine à l'abandon sera détruite en 1757 par l'archevêque Nicolas de Saulx Tavanne.

Le Pavillon Delorme / Maison Delorme

En continuité avec les travaux ayant donné naissance à la cour d'honneur, Pierre Delorme transforme la tour carrée de l'aile Nord-Ouest et construit  le Pavillon Delorme (Portail Neuf). Ce pavillon véritable châtelet doté de 4 tourelles  donnait l'accès à une autre cour à partir d'un pont-levis sur le fossé. La Maison Delorme reliait le Pavillon Delorme à un escalier appelé Petit-vis en comparaison avec la Grand-vis, et qui permettait d'accéder à la Tour de la Sirène

Le jeu de paume

Le jeu de paume fut construit par Pierre Delorme entre 1508 et 1509. Cette salle mesurait 80 mètres de long et était entourée de 2 galeries. 

Ses jardins : le jardin haut / le jardin Bas / le Parc du Lydieu

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Le château était aussi réputé pour ses jardins magnifiques :

Jardins hauts

Les jardins hauts accompagnés de sculptures marquaient un réel changement dans le style de l'époque. Le jardin haut était occupé en son centre par une magnifique fontaine. A noter la présence de 2 labyrinthes, l'un rond et l'autre carré. Le jardin était divisé en 26 carrés séparés par 2 allées et 7 transversales. L'importance accordée à l'esthétisme et à l'ornementation inspirera les jardins des châteaux les plus célèbres de la Renaissance Française. 

1. Gravure représentant le château de Gaillon, son Jardin haut et son jardin bas tel qu'il l'était au XVIème siècle. 

2. Gravure représentant le château de Blois et ses jardins. A noter la similitude des jardins de Blois et de Gaillon, créés par le même maître d'œuvre Pacello Da Mercogliano

Ces 2 gravures sont extraites de l'œuvre de Jacques Androuet du Cerceau "Les plus excellents bastiments de France". Au fil de 180 gravures, Androuet du Cerceau nous présentent les 30 chateaux les plus célèbres du XVIème siècles.

Jardins bas

Les jardins du bas servaient de potager et se prolongeaient jusqu'à la ville actuelle d'Aubevoye. 

Le Parc du Lydieu

Ce Parc fut construit selon les plans du cardinal Georges d'Amboise à l'extérieur des jardins haut et bas. Ce parc comprenait également un ermitage, une chapelle et un grand bâtiment richement décoré appelé "Maison Blanche". De part la présence de plusieurs sources, l'eau était très présente dans ce parc, la Maison Blanche et la chapelle étaient entourées d'eau. 

    D'après l'œuvre de Thierry Garnier : "Mémoires des deux cités : Gaillon Historique, de 1497 à 1509, 153 600 livres soit 14 millions d'Euros ont été investis par le Cardinal pour faire du château de Gaillon la demeure la plus luxueuse de France".

 

Gravure d'Israël Sylvestre

1510 : Mort du cardinal Georges d'Amboise

    Malgré le décès du cardinal, les efforts de celui-ci pour faire de Gaillon, le chef d'oeuvre architectural qu'il était ne furent pas anéantis. Les successeurs du cardinal continueront les travaux d'embellissement jusqu'à la Révolution française. L'un d'entre eux, le fils du ministre Colbert fera appel à Mansart et Le Notre pour embellir le château.

 

Gravure d'Israël Sylvestre

1560 : La continuité architecturale 

Nous sommes en 1560,  Charles 1er de Bourbon a succédé en 1550 à Georges II d'Amboise et va poursuivre l'embellissement du château. 

Il construira en effet une galerie partant de la Tour de la sirène pour rejoindre la salle du Jeu de paume. Cette galerie nommée "Galerie de l'archevêque" regroupait une série de portraits des archevêques de Rouen.

 

Le pavillon dit "Colbert" 

1700 : De la Renaissance au Classicisme

Nommé archevêque de Rouen en 1691, le fil du ministre Colbert va tout d'abord ajouter un étage à la galerie de l'archevêque. Il va également confier à l'architecte de la cour de Louis XIV, Jules Hardoin Mansart la mission de modifier l'architecture du Jeu de paume et intégrer le classicisme français. 

Cette magnifique représentation de Hubert Robert nous montre le château tel qu'il fut à l'aube de la Révolution française.

La Cour de l'Orangerie

Sur l'esplanade qui séparait le Pavillon Delorme du Pavillon Colbert, Jacques Nicolas Colbert aménagea une orangerie en forme d'amphithéâtre. On dénombrait en 1764, 300 orangers, citronniers, bergamote ... disposés dans des pots en faiance de Rouen.